Le 21 novembre, la Présentation de Marie au Temple

Le 21 novembre, une partie du monde chrétien fête une scène que la Bible ne raconte pas. Une petite fille de trois ans monte au Temple de Jérusalem. Ses parents, Anne et Joachim, l'y conduisent pour la consacrer à Dieu. Elle s'appelle Marie.

Présentation de Marie au Temple : l'enfant Marie danse sur la troisième marche de l'autel, accueillie par le prêtre, sous le regard d'Anne et JoachimLe récit vient du Protévangile de Jacques, un texte du IIe siècle. Anne et Joachim, longtemps sans enfant, avaient promis de consacrer à Dieu celui qui leur serait donné. Quand Marie a trois ans, ils tiennent parole. Joachim fait venir les filles des Hébreux sans souillure, chacune une lampe allumée à la main, pour que l'enfant ne se retourne pas et que son cœur soit captivé par le Temple. Le prêtre l'accueille, l'embrasse et la bénit. Il la pose sur la troisième marche de l'autel, la grâce descend sur elle, et elle danse de ses pieds. Toute la maison d'Israël l'aime. Elle demeure ensuite au Temple comme une colombe, nourrie par la main d'un ange.

Plus tard, d'autres récits ont transformé la scène : l'enfant y gravit seule les marches du Temple, sans se retourner, sous les yeux de ses parents restés en bas. C'est souvent cette image qu'ont retenue les peintres.

La fête est née à Jérusalem, où une église dédiée à Marie fut consacrée un 21 novembre, en 543. L'Orient l'a toujours célébrée : pour les orthodoxes, l'Entrée de la Mère de Dieu au Temple est l'une des douze grandes fêtes de l'année. L'Occident l'a accueillie plus tard, et plus difficilement. Arrivée en France en 1373, elle fut supprimée en 1568, parce qu'elle reposait sur un texte non reconnu par l'Église latine, puis rétablie en 1585, tant elle était aimée. Depuis 1953, le 21 novembre est aussi le jour où l'on prie pro orantibus, « pour ceux qui prient » : les moines et les moniales qui, comme Marie enfant, ont consacré leur vie au silence et à la prière.

Pour une enfant consacrée, le blanc de ce qui est offert : la robe Belisama blanche.
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Marie, à travers les textes

Portrait de la Vierge Marie en manteau bleu et robe rouge, la main sur le cœur, peinture dans l'esprit de la Renaissance italiennePour connaître Marie, il faut accepter une chose : les Évangiles reconnus par les Églises disent très peu d'elle. Ils la montrent à l'Annonciation, chez sa cousine Élisabeth, à la naissance de Jésus, aux noces de Cana, au pied de la croix, puis une dernière fois en prière avec les apôtres. Rien sur ses parents, son enfance, sa mort. Luc écrit seulement, à deux reprises, qu'elle gardait toutes ces choses et les méditait dans son cœur.

Ce silence, d'autres textes l'ont rempli. On les dit « apocryphes », c'est-à-dire « cachés » : ils n'ont pas été retenus dans la Bible. Mais cette frontière n'est pas la même partout. L'Église d'Éthiopie, par exemple, reconnaît comme sacrés des livres que les autres Églises ont écartés. Ce qui est caché pour les uns est Écriture pour les autres. Voici donc la vie de Marie telle que la racontent les uns et les autres, sans hiérarchie.

Sa naissance et son enfance. Le Protévangile de Jacques nous donne les noms d'Anne et Joachim, aujourd'hui fêtés comme saints, alors qu'aucun Évangile reconnu ne les mentionne. Sainte Anne est d'ailleurs la patronne de la Bretagne, Mamm gozh ar Vretoned, la grand-mère des Bretons. Le Coran raconte une histoire proche : la mère de Marie voue son enfant à Dieu avant sa naissance, et Marie grandit dans le sanctuaire sous la garde de Zacharie, qui la trouve chaque jour nourrie d'une nourriture venue d'ailleurs. Marie, Maryam, est la seule femme nommée dans le Coran, et une sourate entière porte son nom.

Le fil à la main. Vers douze ans, selon le Protévangile, Marie quitte le Temple et est confiée à Joseph. Les prêtres décident alors de faire un voile pour le Temple et font appeler les vierges sans souillure de la famille de David. Ils tirent au sort qui filera l'or, l'amiantos, le lin fin, la soie, l'hyacinthe, l'écarlate et la vraie pourpre. Le sort donne à Marie la vraie pourpre et l'écarlate. Elle prend l'écarlate et la file.

Un jour, elle prend une cruche et sort puiser de l'eau. Une voix la salue, sans qu'elle voie personne. Elle rentre en tremblant, pose la cruche, s'assied sur son trône et tire la pourpre. C'est alors que l'ange lui apparaît. La parole divine la trouve en plein geste quotidien, le fil à la main.

La Vierge Marie reçoit la pourpre et l'écarlate pour filer le voile du Temple, d'après le Protévangile de Jacques
La Vierge reçoit la pourpre et l'écarlate

Ce voile n'était pas un simple rideau. Il séparait le Saint du Saint des Saints, le cœur du Temple où se tenait la présence divine : la frontière entre la terre et le ciel. Selon Josèphe et Philon, ses couleurs figuraient les quatre éléments du monde. Le lin, la terre. Le bleu, l'air. L'écarlate, le feu. La pourpre, tirée d'un coquillage marin, la mer. Et l'Épître aux Hébreux dira plus tard que ce voile, c'est la chair du Christ. Les Pères de l'Église y ont vu le sens caché de la scène : pendant que Marie filait la pourpre du voile, la chair du Verbe se tissait en elle.

Le secret. Un texte ancien, les Questions de Barthélemy, raconte que les apôtres demandèrent un jour à Marie comment elle avait conçu. Elle les prévint : si elle en parlait, un feu sortirait de sa bouche et consumerait le monde. Ils insistèrent. Elle commença, le feu jaillit, et Jésus apparut pour poser la main sur sa bouche. Marie y apparaît comme la gardienne d'un mystère trop grand pour être dit.

La naissance de Jésus. Dans l'Évangile de Luc, Marie accouche à Bethléem, aux côtés de Joseph. Dans le Protévangile, elle met au monde son enfant dans une grotte, pendant que Joseph est parti chercher une sage-femme. Dans le Coran, elle accouche seule, au pied d'un palmier qui laisse tomber ses dattes pour la nourrir.

Les trois Marie. L'Évangile de Philippe, retrouvé en Égypte en 1945, dit que trois femmes marchaient toujours avec Jésus : Marie sa mère, la sœur de sa mère, et Marie-Madeleine. Toutes trois s'appelaient Marie.

Sa fin. Aucun texte de la Bible ne raconte la mort de Marie. Ce sont les récits de la Dormition, son « endormissement », qui la racontent : plus de soixante textes anciens, dans neuf langues. Dans le plus ancien, le Livre du Repos, sans doute du IIIe siècle, un ange vient annoncer à Marie sa mort prochaine et lui remet un livre contenant les mystères de la création. Avant de s'éteindre, elle récite une prière secrète que son fils lui a enseignée. Les apôtres, dispersés dans le monde, sont portés sur des nuées jusqu'à son chevet. Thomas, arrivé trop tard, trouve le tombeau vide. Les orthodoxes fêtent la Dormition, les catholiques l'Assomption, le 15 août.

Les femmes qui l'honoraient. Au IVe siècle, un évêque, Épiphane de Salamine, dénonçait un groupe de femmes venues de Thrace jusqu'en Arabie : les Kollyridiennes. Leur nom vient de la kollyris, le petit pain qu'elles offraient à Marie. Elles recouvraient un siège d'un linge de lin, y déposaient leurs pains en son nom, les partageaient entre elles, et avaient des femmes pour prêtres. On ne les connaît que par celui qui les combattait. Mais elles disent qu'il y a seize siècles déjà, des femmes célébraient Marie autour d'un pain et d'une étoffe.

Aujourd'hui encore, cette diversité est vivante. Les orthodoxes chantent l'Hymne acathiste, debout. L'Église d'Éthiopie consacre à Marie plus de trente fêtes chaque année. Et en Inde du Sud, des chrétiens dont la foi remonte aux premiers siècles la saluent toujours en syriaque, une langue sœur de celle que parlait Jésus : Shlom lekh Maryam, « Paix à toi, Marie ».

Le rouge de l'écarlate qu'elle filait pour le voile du Temple : la robe Belisama rouge carmin.
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Les premières paroles adressées à Marie

L'Annonciation de Hans Memling, vers 1465-1470 : l'ange Gabriel salue Marie dans sa chambre, la colombe au-dessus d'elleAvant toute prière, il y a une salutation. Ce sont les premiers mots adressés à Marie qui nous soient parvenus : ceux de l'ange, puis ceux d'Élisabeth, dans l'Évangile de Luc, écrit en grec vers les années 80. C'est l'Annonciation : l'ange Gabriel vient annoncer à Marie qu'elle portera un enfant.

Χαῖρε, κεχαριτωμένη, ὁ κύριος μετὰ σοῦ.
Εὐλογημένη σὺ ἐν γυναιξίν, καὶ εὐλογημένος ὁ καρπὸς τῆς κοιλίας σου.

Réjouis-toi, toi qui as été comblée de grâce, le Seigneur est avec toi.
Bénie es-tu entre les femmes, et béni est le fruit de ton ventre.

Le premier mot n'est pas un ordre, ni une annonce. C'est Chaïré, « réjouis-toi ». Le latin l'a traduit par Ave, « salut », le syriaque par Shlom, « paix ». Chaque langue a choisi son seuil : la joie, le salut, la paix. Et kécharitôménè ne dit pas qu'elle est pleine de grâce, mais qu'elle a été comblée : la grâce lui a été donnée, et elle l'a reçue.

Ces mots sont devenus, des siècles plus tard, le cœur du Je vous salue Marie. Mais dans leur forme première, ils ne demandent rien. Ils saluent, simplement.

La première prière

La plus ancienne prière adressée à Marie que l'on connaisse a été retrouvée en Égypte, sur un fragment de papyrus du IIIe ou du IVe siècle. Des chrétiens, peut-être en temps de persécution, s'y réfugient auprès d'elle. On la connaît sous son nom latin, Sub tuum praesidium, mais elle fut d'abord écrite en grec.

Ὑπὸ τὴν σὴν εὐσπλαγχνίαν καταφεύγομεν, Θεοτόκε.
Τὰς ἡμῶν ἱκεσίας μὴ παρίδῃς ἐν περιστάσει,
ἀλλ' ἐκ κινδύνων λύτρωσαι ἡμᾶς, μόνη ἁγνή, μόνη εὐλογημένη.

Sous ta tendresse nous nous réfugions, Mère de Dieu.
Ne détourne pas les yeux de nos supplications dans l'épreuve,
mais délivre-nous des dangers, toi seule pure, toi seule bénie.

Le latin dit praesidium, la protection, presque une forteresse. Le grec dit eusplanchnia, un mot qui désigne les entrailles : la compassion qui naît du ventre, comme celle d'une mère. On ne se met pas à l'abri derrière ses murs, on se réfugie dans sa tendresse.

« Sous ta tendresse nous nous réfugions. » Le châle de prière blanc cassé accompagne ce geste : on le pose sur ses épaules, et l'on entre en prière.
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Proposition de rituel : pour celles qui souhaitent honorer Marie

Pour celles qui souhaitent se relier à Marie, lui témoigner leur gratitude, ou simplement l'honorer en ce jour, voici une proposition.

Marie enfant a été consacrée. Marie jeune fille filait la pourpre du voile du Temple quand l'ange est venu. Le sacré ne l'a pas trouvée en retrait du monde, mais dans un geste ordinaire.

Le soir du 21 novembre, choisis un geste de ton quotidien, et offre-le-lui : coudre, préparer le thé, te coiffer, plier ton linge, t'habiller. Si tu choisis de t'habiller, revêts un vêtement réservé à ce moment. Les robes Qadeesha sont pensées pour cela.

Femme portant le châle de prière Qadeesha blanc casséAvant de le faire, allume une bougie. Choisis sa couleur selon ce qui t'appelle. Le blanc dit la lumière et ce qui est consacré. Le bleu est la couleur de Marie en Occident depuis des siècles : au Moyen Âge, on peignait son manteau avec un pigment tiré du lapis-lazuli, plus précieux que l'or. C'est le bleu du ciel et de la protection, celui du manteau sous lequel on vient se réfugier. La pourpre est celle qu'elle filait pour le voile du Temple, et la couleur du manteau qu'elle porte sur les icônes d'Orient, celle de la présence divine qui l'a remplie.

Lis à voix haute les paroles de l'ange, en grec ou en français. Puis fais ce geste lentement, en entier, comme une offrande. Le temps qu'il dure, tu n'es nulle part ailleurs.

Quand c'est fini, dis le Sub tuum, la plus ancienne prière mariale connue, comme on la chantait autrefois en France au dernier office du soir. Et garde une pensée pour celles et ceux qui, cette nuit-là, prient dans le silence des monastères.

Si tu le souhaites, recommence chaque jour jusqu'au début de l'Avent, le 29 novembre. Un seul geste, toujours le même, offert chaque soir. C'est ainsi que commence l'attente.

Chaque robe Qadeesha est fabriquée de manière artisanale, à la demande, pour accompagner tes rituels du quotidien.

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